Guide · Portugal → France

Le déménagement n’est pas le sujet. La date l’est. Une seule décision commande tout le reste : le jour où votre résidence fiscale bascule. Elle découpe votre année en deux, détermine ce que chaque pays impose, et doit être la même des deux côtés de la frontière.

Istari Conseil, cabinet d’expertise comptable · Paris et Lisbonne · 15 septembre 2026

Une convention existe, et elle n’a plus l’âge qu’on lui prête

La France et le Portugal sont liés par une convention destinée à éviter les doubles impositions, signée le 14 janvier 1971 et entrée en vigueur le 18 novembre 1972.

Beaucoup de contenus s’arrêtent là. C’est une erreur : le texte a été modifié deux fois. D’abord par un avenant signé à Lisbonne le 25 août 2016, publié en France par le décret n° 2018-7 du 4 janvier 2018. Ensuite par la convention multilatérale issue du projet BEPS, que les deux États ont signée le 7 juin 2017 et qui modifie mécaniquement une série de stipulations.

Ce que cela veut dire pour vous : un article ou un conseil qui vous cite « la convention de 1971 » sans mentionner ces deux modifications travaille sur un texte périmé. La version qui fait foi est la version consolidée publiée par l’administration fiscale française. C’est celle qu’il faut exiger de quiconque vous conseille.

Ce qui change, dans l’ordre

  1. Vous cessez d’être résident au Portugal — mais pas forcément quand vous le croyez

    Le droit portugais connaît la résidence partielle : dans l’année d’arrivée comme dans l’année de départ, on peut être résident une partie de l’année et non-résident pour le reste.

    Mais il existe une règle d’anti-fractionnement. Si vous avez séjourné au Portugal plus de 183 jours dans l’année de votre départ, et que vous percevez ensuite des revenus qui auraient été imposables au Portugal si vous y étiez resté résident, vous pouvez être réputé résident portugais toute l’année — y compris après votre départ. Une exception joue lorsque ces revenus sont imposés dans un autre État membre de l’Union européenne à un niveau suffisant, ce qui est le cas de la France, mais elle se démontre : elle ne se présume pas.

    À faire trancher, pas à supposer. Cette mécanique relève du droit portugais et doit être confirmée par votre conseil au Portugal. Ce que nous en retenons est pratique : partir en milieu d’année n’est pas neutre, et la date se choisit quand elle peut l’être.

  2. Vous devenez résident en France, et la France impose le mondial

    À compter du jour où votre domicile fiscal est en France, la France impose vos revenus mondiaux — sous réserve de ce que la convention attribue au Portugal. Si vous conservez un bien locatif, des dividendes ou une épargne au Portugal, ces revenus entrent dans le champ de votre déclaration française, même s’ils n’y sont pas tous imposés.

    Deux points qu’on découvre trop tard : vos comptes bancaires portugais doivent être déclarés chaque année, un par un, et l’omission est sanctionnée par une amende par compte et par an — un compte laissé ouvert « au cas où » compte. Et un bien resté au Portugal ne disparaît pas de votre situation française : sa location relève de règles précises, sa revente aussi.

  3. Vous perdez le régime portugais dont vous bénéficiiez peut-être

    Si vous étiez sous le régime des résidents non habituels, ou sous le dispositif qui lui a succédé, partir y met fin. Ce n’est pas un détail de calendrier : c’est souvent la raison pour laquelle vous étiez venu, et le coût de ce départ se chiffre avant de le décider, pas après.

  4. Vous pouvez gagner un régime français — mais seulement si vous y pensez à temps

    C’est le point le plus rentable de tout ce parcours, et le plus souvent manqué.

    Si vous n’avez pas été domicilié fiscalement en France au cours des cinq années civiles précédant votre prise de fonctions, et que vous établissez votre domicile fiscal en France, vous pouvez relever du régime des impatriés — l’article 155 B du code général des impôts. Il vise les mobilités au sein d’un même groupe comme les personnes recrutées directement depuis l’étranger. Quelqu’un qui vit au Portugal et se fait recruter par un employeur français entre dans le champ à examiner.

    Ce régime exonère la prime d’impatriation — ou, sur option, 30 % de la rémunération — jusqu’au 31 décembre de la huitième année civile suivant la prise de fonctions. Il exonère aussi la moitié des revenus de capitaux mobiliers et des gains de cession de valeurs mobilières de source étrangère, et limite l’impôt sur la fortune immobilière aux seuls biens situés en France pendant cinq ans.

    Il se perd par le calendrier. Le régime se prépare au moment du contrat : votre employeur doit faire apparaître les montants exonérés dans sa déclaration sociale nominative, dès la première paie. S’en apercevoir au printemps suivant, c’est souvent trop tard pour la première année — sur huit années en jeu.

  5. Vous n’avez pas de numéro fiscal français, et rien ne commence sans lui

    Le Portugal vous a donné un NIF. La France ne délivre pas de NIF : son équivalent s’appelle le numéro fiscal, treize chiffres. Sans lui, pas d’espace en ligne, donc pas de suivi de votre prélèvement à la source et pas de déclaration.

    La demande se fait auprès du service des impôts dont dépend votre domicile en France, avec une pièce d’identité et un justificatif de domicile. Comptez deux à quatre semaines.

  6. Votre premier salaire français est prélevé au mauvais taux

    Tant que vous n’avez jamais déclaré en France, votre employeur applique le taux neutre. Il ne connaît ni votre situation de famille ni vos charges. Pour une personne seule, il tombe souvent juste. Pour un couple avec enfants, ou avec un conjoint sans revenus, il est régulièrement très surévalué — et cette trésorerie ne revient qu’après votre première déclaration, plus d’un an plus tard.

Les deux erreurs qui coûtent le plus cher

Retenir deux dates différentes des deux côtés

C’est l’erreur structurante. Si votre conseil portugais arrête une date et que votre conseil français en retient une autre, vous créez soit une double imposition, soit un trou que l’administration retrouvera. Une convention existe pour départager en cas de conflit, mais mieux vaut s’accorder en amont que d’invoquer un article après.

Traiter la fiscalité après le déménagement

L’ordre naturel — je déménage, puis je m’occupe des impôts — fait perdre le régime des impatriés, fait rater des dates limites, et transforme un arbitrage en réparation. Les décisions qui comptent se prennent avant la signature du contrat.

Ce qu’il faut avoir réglé, et quand

Quand Quoi
Avant de signer le contrat français Vérifier l’éligibilité au régime des impatriés, et le faire porter au contrat
Avant de partir Arrêter la date de bascule, par écrit, avec votre conseil portugais
Avant de partir Lister ce que vous conservez au Portugal : comptes, biens, revenus, épargne
Dès votre adresse française connue Demander votre numéro fiscal
Dans le mois qui suit Créer votre espace, demander un taux personnalisé
Au printemps suivant Première déclaration, sur papier, comptes portugais compris

Vous exercez aussi une activité indépendante à côté de votre emploi en France ? Consultations, expertise, formation : avant de créer votre structure, comparez ce qu’il vous restera selon le statut choisi.

Nous traitons les deux versants du même dossier

Istari Conseil est un cabinet d’expertise comptable installé à Paris et à Lisbonne. Nous prenons en charge le versant français de votre installation et nous nous coordonnons par écrit avec votre conseil portugais sur la seule chose qui doit absolument être commune : la date.

Plus de 300 entreprises accompagnées, sur des projets allant de plusieurs centaines de milliers d’euros à plusieurs millions.

Parlons de votre situation

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