Par Mehdi Idbibane, cofondateur d’Istari Conseil Lecture : 13 min

Résumer cet article avec : ChatGPT Claude Perplexity

Règles à jour au 2026-09-25 — Cabinet Istari Conseil.

Crédit d’impôt recherche (CIR) 2026 : conditions, dépenses, démarches

Vous faites de la R&D depuis des années sans l’avoir jamais déclarée : ce n’est pas un oubli sans conséquence, c’est un crédit d’impôt qui dort.

Le crédit d’impôt recherche (CIR) s’adresse à toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole imposée au réel, dès qu’elle engage des dépenses de R&D au sens du manuel de Frascati[1]. Le taux : 30 % des dépenses retenues jusqu’à 100 M€, 5 % au-delà, 50 % dans les départements d’outre-mer[8]. Depuis le 15 février 2025, l’assiette a changé sur plusieurs points que beaucoup de sites ignorent encore : le forfait de fonctionnement est passé de 43 % à 40 % des dépenses de personnel, le doublement « jeune docteur » a disparu, les brevets et la veille technologique sont sortis du calcul[4].

Ce qu’il faut retenir

  • Le CIR n’est pas réservé aux startups ou aux JEI : toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole imposée au réel peut y prétendre, dès lors que le projet lève un verrou scientifique ou technique[1].
  • Trois évolutions à connaître pour tout exercice ouvert depuis le 15 février 2025 : forfait de fonctionnement à 40 % (et non 43 %), doublement « jeune docteur » supprimé, brevets et veille technologique exclus de l’assiette[4].
  • Le taux reste 30 % jusqu’à 100 M€ de dépenses, 5 % au-delà, 50 % dans les DOM — inchangé par la loi de finances pour 2026[8].
  • La déclaration se dépose au même moment que le relevé de solde d’IS, en général le 15 mai pour une clôture au 31 décembre[9].

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Qui peut prétendre au CIR

Ne jamais avoir déclaré de CIR ne veut pas dire ne pas y avoir droit : rien, dans les conditions d’accès, n’exclut une entreprise qui n’a jamais fait la démarche. Le crédit d’impôt recherche, défini à l’article 244 quater B, II a à j du code général des impôts, est ouvert à toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole imposée d’après son bénéfice réel, quels que soient sa taille et son secteur — contrairement au crédit d’impôt innovation ou au statut JEI, réservés aux PME[1]. Aucune condition d’effectif, de chiffre d’affaires ou d’ancienneté ne conditionne l’accès : seule la nature du projet compte, pas la taille de l’entreprise qui le porte.

30 %taux du CIR jusqu’à 100 M€ de dépenses
40 %forfait de frais de fonctionnement sur les dépenses de personnel
15 février 2025date d’application du nouveau régime des dépenses
15 maiéchéance de la 2069-A-SD pour une clôture au 31 décembre

Une société peut donc être une PME familiale industrielle, une startup non éligible à la JEI faute d’ancienneté suffisante, ou un grand groupe : seules les dépenses qui répondent à la définition de la recherche et développement entrent dans le calcul. Le CIR se cumule d’ailleurs fréquemment avec le crédit d’impôt innovation (réservé aux PME) ou avec le statut JEI, à condition qu’aucune dépense ne soit comptée deux fois. Pour une vue d’ensemble des trois dispositifs, le point d’entrée du cabinet est ci-dessous.

Ce qu’est une opération de R&D, et ce qui ne passe pas

Le doute qui retient d’engager la démarche porte rarement sur le bon critère : ce n’est pas l’ampleur du projet qui fait le CIR, mais sa part d’incertitude technique. La définition de la recherche et développement retenue par l’administration fiscale s’appuie sur le manuel de Frascati de l’OCDE (édition 2015), repris par le BOFiP[2]. Cinq critères sont cumulatifs :

  • Nouveauté : le projet vise à acquérir des connaissances nouvelles.
  • Créativité : il repose sur des concepts ou hypothèses originaux, pas sur l’application d’une méthode déjà connue.
  • Incertitude : le résultat n’est pas garanti a priori ; il existe un verrou scientifique ou technique à lever.
  • Caractère systématique : le projet est planifié et budgété, pas improvisé.
  • Transférabilité ou reproductibilité : les résultats peuvent être transmis ou reproduits.

Trois catégories de travaux entrent dans ce cadre : la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental[2].

Savoir ce qui ne passe pas protège autant que savoir ce qui passe : c’est la première cause de rejet en cas de contrôle. Trois cas ne passent pas — le développement logiciel « courant » (intégration, paramétrage, portage d’une technique déjà connue), un produit perçu comme innovant par le marketing sans verrou technique documenté, ou une prestation de recherche facturée à un client sans contribution propre de l’entreprise qui la déclare[2]. Une application construite avec des briques techniques standards n’a pas de CIR à ce titre ; un projet qui doit lever une difficulté non résolue par l’état de la technique en a potentiellement un — un point que les startups logicielles sous-estiment souvent.

Les dépenses retenues : l’assiette après le 15 février 2025

Se fier à un repère ancien coûte aussi cher qu’un dossier mal monté : la loi de finances pour 2025 (n° 2025-127 du 14 février 2025, effet au 15 février 2025) a modifié plusieurs catégories de dépenses. Le tableau ci-dessous donne l’état applicable aux dépenses exposées à compter du 15 février 2025 ; un exercice antérieur reste apprécié selon l’ancien régime[4].

CatégorieRègle en vigueurCe qui a changé
Dotations aux amortissementsImmobilisations affectées directement à la recherche, retenues[3]Inchangé
Dépenses de personnelChercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés, ou au prorata du temps réel justifié — toute détermination forfaitaire du temps est exclue[3]Doublement « jeune docteur » supprimé pour les dépenses exposées depuis le 15/02/2025[4]
Frais de fonctionnement (forfait)75 % des dotations aux amortissements + 40 % des dépenses de personnel[5]Le taux de personnel est passé de 43 % à 40 % pour les dépenses exposées depuis le 15/02/2025 (LF 2025, art. 55)[5]
Sous-traitance à des organismes agréésRetenue dans la limite de 2 M€/an s’il existe un lien de dépendance, 10 M€/an sinon, et globalement dans la limite de 3 fois le montant des autres dépenses éligibles[6]Depuis le 01/01/2022, tout organisme (public ou privé) doit être agréé par le MESR pour que la dépense soit retenue ; la majoration à 12 M€ pour les organismes publics a disparu[6]
Brevets et certificats d’obtention végétaleExclus de l’assiette du CIR[7]Supprimés pour les dépenses exposées depuis le 15/02/2025 — ils restent en revanche éligibles au crédit d’impôt innovation[7]
Veille technologiqueExclue (ancien plafond de 60 000 €/an supprimé)[7]Supprimée à la même date ; la rubrique a disparu du sommaire BOFiP[7]
Normalisation50 % des salaires et charges journaliers des salariés participant aux réunions officielles de normalisation[10]Inchangée
Subventions publiquesDéduites de l’assiette, qu’elles soient acquises ou remboursables[3]La loi de finances pour 2025 précise la notion d’aides déductibles versées par une personne morale de droit public[4]

Deux erreurs reviennent souvent. Citer encore un forfait de personnel à 43 % : une page BOFiP restée indexée depuis 2021 affiche cet ancien taux, alors que le taux en vigueur est 40 % depuis le 15 février 2025[5]. Et croire qu’un sous-traitant non agréé donne droit à une dépense simplement plafonnée — en réalité, elle est intégralement perdue, pas seulement réduite[6]. Les dotations aux amortissements de matériel de recherche, prototypes compris, restent quant à elles pleinement éligibles.

Le taux du CIR

Sur ce point au moins, rien n’a bougé : ne pas avoir vérifié votre éligibilité plus tôt n’a rien coûté sur le taux lui-même. Il est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 M€, et de 5 % au-delà de ce seuil, majoré à 50 % pour les exploitations situées dans un département d’outre-mer[8]. La loi de finances pour 2026 a modifié l’article 244 quater B du CGI (son article 42) sans toucher à ces taux, qui restent en vigueur dans les mêmes proportions au 1er janvier 2026[8].

Ce taux s’applique à l’assiette calculée selon les règles ci-dessus, après déduction des subventions publiques perçues au titre des mêmes opérations. Nous reviendrons, dans un article séparé, sur un exemple chiffré complet — assiette, forfait, taux, erreurs de calcul les plus fréquentes — pour situer la fourchette réelle que peut représenter un CIR.

Déclarer : formulaire, échéance, délai de reprise

Ne jamais avoir déclaré ne change rien à la procédure : elle est la même pour tout le monde. Le CIR se déclare au moyen de la déclaration spéciale 2069-A-SD (Cerfa n° 11081), accompagnée du relevé de nature des travaux 2069-RCI-SD. La télédéclaration est obligatoire (procédure EDI-TDFC) ; il n’y a plus de copie à adresser au ministère de la recherche[9].

  • Société soumise à l’IS : même échéance que le relevé de solde 2572-SD, le 15e jour du 4e mois suivant la clôture — soit, en principe, le 15 mai N+1 pour une clôture au 31 décembre[9].
  • Entreprise à l’impôt sur le revenu : échéance de la déclaration annuelle de résultats[9].
  • Annexe 2069-A-1-SD obligatoire dès 10 M€ de dépenses (identification des titulaires d’un doctorat) ; au-delà de 100 M€, un état complémentaire s’y ajoute. Amende en cas de défaut (art. 1729 B du CGI), avec tolérance pour la première infraction réparée sous 30 jours[9].
  • Délai de reprise : jusqu’au terme de la 3e année suivant celle du dépôt de la déclaration spéciale[9].

Le calendrier complet de l’année — de la clôture d’exercice à la déclaration, dates utiles pour sécuriser un dossier comprises — fera l’objet d’un article à paraître dans le cluster.

Imputer le crédit ou demander son remboursement

Le crédit d’impôt ne s’arrête pas au calcul : ce qu’il devient ensuite compte tout autant. Le CIR s’impute en priorité sur l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’exercice. Si le crédit dépasse l’impôt à payer, l’excédent devient une créance imputable sur les trois exercices suivants, puis remboursée si elle n’a pas pu être totalement utilisée à l’issue de cette période[11].

Toutes les entreprises n’attendent pas ce délai : quatre catégories peuvent, par exception, demander le remboursement immédiat de leur créance — les entreprises nouvelles de moins de deux ans dont le capital est détenu à 50 % au moins par des personnes physiques, les entreprises en difficulté (conciliation, sauvegarde, redressement ou liquidation), les jeunes entreprises innovantes, et les PME au sens de l’annexe I du règlement (UE) n° 651/2014[12].

La démarche se fait au moyen du formulaire 2573-SD, en principe déposé avec le relevé de solde 2572 ; les entreprises de moins de deux ans y joignent des pièces attestant la réalité des dépenses[11]. C’est une faculté, pas une obligation : une PME éligible peut préférer l’imputation de droit commun.

Cette articulation entre imputation et remboursement immédiat — et le cas des PME qui hésitent entre les deux options — est détaillée dans un article déjà publié par le cabinet, posé ci-dessous. Nous reviendrons, dans un prochain article, sur ce que fait concrètement le cabinet à chaque étape : cadrage, chiffrage, dossier technique, déclaration.

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Questions fréquentes

Qui peut prétendre au crédit d’impôt recherche ?

Toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole imposée d’après son bénéfice réel, quels que soient sa taille et son secteur d’activité, dès lors qu’elle engage des dépenses répondant à la définition de la recherche et développement. Aucune condition d’effectif ou de chiffre d’affaires ne conditionne l’accès au CIR lui-même, contrairement au crédit d’impôt innovation ou au statut JEI[1].

Un projet innovant est-il automatiquement éligible au CIR ?

Non. L’innovation perçue comme telle par le marché ou le marketing n’est pas un critère fiscal : ce qui compte est l’existence d’un verrou scientifique ou technique, apprécié selon cinq critères cumulatifs issus du manuel de Frascati (nouveauté, créativité, incertitude, caractère systématique, transférabilité). Un développement logiciel courant, sans difficulté technique documentée, n’est pas éligible[2].

Le forfait de frais de fonctionnement du CIR est-il toujours de 43 % ?

Non. Le taux appliqué aux dépenses de personnel est passé de 43 % à 40 % pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025 (loi de finances pour 2025, article 55). Une page administrative ancienne, toujours indexée, continue d’afficher le taux de 43 % : ce n’est plus la règle en vigueur[5].

Un brevet est-il encore éligible au CIR en 2026 ?

Non, les dépenses liées aux brevets et certificats d’obtention végétale (prise, maintenance, défense, amortissements) sont exclues de l’assiette du CIR pour les dépenses exposées depuis le 15 février 2025. Elles restent en revanche éligibles au crédit d’impôt innovation, réservé aux PME[7].

Quand faut-il déposer la déclaration de CIR ?

Au même moment que le relevé de solde de l’impôt sur les sociétés : le 15e jour du 4e mois suivant la clôture de l’exercice, soit en général le 15 mai de l’année suivante pour une clôture au 31 décembre. Les entreprises à l’impôt sur le revenu suivent l’échéance de leur déclaration annuelle de résultats[9].

Le remboursement immédiat du CIR est-il ouvert à toutes les entreprises ?

Non, il est réservé à quatre catégories : les entreprises nouvelles de moins de deux ans à capital majoritairement détenu par des personnes physiques, les entreprises en difficulté (conciliation, sauvegarde, redressement ou liquidation), les jeunes entreprises innovantes et les PME au sens européen. Les autres entreprises imputent leur créance sur les trois exercices suivants avant remboursement de l’éventuel solde[12].

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Pour aller plus loin

Cet article informe, il ne remplace pas une consultation. Règles vérifiées à la source le 25 septembre 2026 ; elles changent à chaque loi de finances.

Notes et sources

  1. Champ d’application du CIR, ouvert à toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole imposée au réel — guide interne §1 (tableau comparatif) ; CGI art. 244 quater B, Légifrance ; impots.gouv.fr « Puis-je prétendre au crédit d’impôt recherche ? », source.
  2. Définition de la R&D (manuel de Frascati OCDE 2015, cinq critères, trois catégories) et exclusions (logiciel courant, innovation marketing, prestation pour un tiers) — guide interne §2.2 et §11 (pièges 1 à 3) ; BOI-BIC-RICI-10-10-10-20, BOFiP.
  3. Dotations aux amortissements, dépenses de personnel au temps réel justifié, subventions déduites — guide interne §2.3 ; CGI art. 244 quater B, Légifrance.
  4. Évolutions de l’assiette pour les dépenses exposées à compter du 15/02/2025 (LF 2025, art. 55 à 58 et 77) — guide interne §2.3 ; BOFiP ACTU-2025-00105, source.
  5. Forfait de frais de fonctionnement : 75 % des amortissements + 40 % des dépenses de personnel (43 % avant le 15/02/2025) — guide interne §2.3 et §11 (piège 4) ; BOI-BIC-RICI-10-10-20-25, source.
  6. Sous-traitance à des organismes agréés (2 M€/10 M€ selon lien de dépendance, agrément obligatoire depuis le 01/01/2022) — guide interne §2.3 et §11 (pièges 7 et 8) ; BOI-BIC-RICI-10-10-20-30, source.
  7. Exclusion des brevets, certificats d’obtention végétale et de la veille technologique depuis le 15/02/2025 — guide interne §2.3 et §11 (piège 6) ; BOI-BIC-RICI-10-10-20-40, source ; BOI-BIC-RICI-10-10-20, source.
  8. Taux du CIR : 30 % jusqu’à 100 M€, 5 % au-delà, 50 % dans les DOM, inchangés par la LF 2026 — guide interne §2.1 ; CGI art. 244 quater B, Légifrance ; impots.gouv.fr, source.
  9. Déclaration 2069-A-SD, échéance alignée sur le relevé de solde d’IS, annexe 2069-A-1-SD au-delà de 10 M€, délai de reprise de 3 ans — guide interne §3.1 ; BOI-BIC-RICI-10-10-60, source ; impots.gouv.fr formulaire 2069-A-SD, source ; BOI-IS-DECLA-20-20, source.
  10. Dépenses de normalisation retenues à 50 % des salaires et charges journaliers — guide interne §2.3 ; BOI-BIC-RICI-10-10-20-50, source.
  11. Imputation sur trois exercices puis remboursement, formulaire 2573-SD — guide interne §3.2 ; BOI-BIC-RICI-10-10-50, source ; impots.gouv.fr formulaire 2573-SD, source.
  12. Remboursement immédiat pour quatre catégories d’entreprises (CGI art. 199 ter B, II), faculté et non obligation — guide interne §3.2 ; Légifrance.
Mehdi Idbibane, fondateur d'Istari Conseil, auteur de cet article sur cir 2026

Auteur

Mehdi Idbibane

Fondateur d’Istari Conseil · Paris et Lisbonne

Mehdi travaille sur la fiscalité des groupes de sociétés et sur la TVA dès qu’un flux franchit une frontière. Il a commencé en contrôle de gestion, passé quatre ans en cabinet de comptabilité et d’audit sur des dossiers de 200 000 € à 15 M€ de chiffre d’affaires, créé une entreprise (500 000 € de chiffre d’affaires dès la première année), travaillé chez Google à Lisbonne, puis fondé Istari Conseil. Il prépare le diplôme d’expertise comptable.

  • TVA transfrontalière
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  • DAC7 et e-commerce
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Sa règle : chaque fait de droit est cité avec la loi, l’article et la date, et ce qui n’a pas pu être vérifié est dit.

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