Gérant majoritaire de SARL ou d’EURL, entrepreneur individuel ou président de SASU : votre statut de dirigeant détermine votre régime de retraite, vos taux de cotisation et, à terme, le niveau de vos droits. Pourtant, les différences sont souvent mal comprises — et les idées reçues coûtent cher. Cet article compare, chiffres officiels à l’appui, la retraite du TNS et celle de l’assimilé salarié en 2026, et présente les leviers pour compléter sa future pension.
Sources : décret 2024-688, urssaf.fr, lassuranceretraite.fr, impots.gouv.fr.
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La retraite du TNS : régime SSI, taux et trimestres
Les travailleurs non salariés (TNS) — gérants majoritaires de SARL ou d’EURL, entrepreneurs individuels, professions libérales — relèvent de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), intégrée au régime général depuis 2020. Ce rattachement administratif ne signifie pas identité de traitement : les taux de cotisation et les règles propres aux indépendants restent spécifiques.
Pour la retraite de base, les taux en vigueur en 2026 sont (décret 2024-688, urssaf.fr) :
- 17,75 % sur la tranche de revenu inférieure ou égale au PASS — plafond annuel de la Sécurité sociale fixé à 48 060 € en 2026 ;
- 0,72 % sur la fraction de revenu dépassant ce plafond.
Pour la retraite complémentaire, les TNS cotisent à la Retraite Complémentaire des Indépendants (RCI) aux taux suivants (décret 2024-688, lassuranceretraite.fr) :
- 8,10 % sur la tranche de revenu inférieure ou égale au PASS ;
- 9,10 % sur la tranche comprise entre 1 et 4 PASS (soit jusqu’à 192 240 € en 2026).
À noter : depuis la LFSS 2024, l’assiette de cotisations des TNS est calculée sur le revenu net (revenu brut diminué d’environ 26 %). Cette réforme améliore la cohérence du calcul des droits retraite — notamment pour la RCI — en alignant l’assiette déclarée sur la réalité économique du bénéfice.
Pour aller plus loin sur les cotisations du gérant : gérant majoritaire : rémunération, cotisations et dividendes en 2026.
La retraite de l’assimilé salarié (président SASU)
Le président de SASU est un assimilé salarié : il relève du régime général de la Sécurité sociale pour la retraite de base, et de l’Agirc-Arrco pour la retraite complémentaire — les mêmes caisses que les salariés du secteur privé.
Les taux de cotisation retraite de base sont ceux du régime général : la part salariale et la part patronale combinées aboutissent à un taux de 17,75 % sur la tranche inférieure au plafond de la Sécurité sociale. Au-delà du plafond, le taux dézonification s’applique de la même façon qu’aux salariés.
L’assimilé salarié acquiert des points Agirc-Arrco au fil de ses cotisations, selon les règles communes à tous les salariés du secteur privé. La valeur de service du point et les règles de liquidation sont identiques.
Point de vigilance : le président de SASU ne bénéficie pas de l’assurance chômage (pas d’affiliation à France Travail). En revanche, sa protection sociale sur les risques maladie, maternité et retraite est globalement alignée sur celle des salariés.
Détail complet des charges du président : rémunération président SASU : bulletin de paie et charges 2026.
Valider des trimestres en 2026 : le seuil à connaître
Qu’on soit TNS ou assimilé salarié, la retraite à taux plein exige un nombre de trimestres validés. Le mécanisme de validation repose sur un seuil de cotisations, pas sur une durée de travail.
En 2026, pour les TNS (lassuranceretraite.fr) :
1 trimestre est validé pour chaque tranche de 150 × SMIC horaire du 1er janvier de revenus cotisables. Le SMIC horaire étant fixé à 12,02 € au 1er janvier 2026, le seuil s’établit à 1 803 € par trimestre.
Pour valider les 4 trimestres d’une année complète, un TNS doit donc avoir perçu au moins 7 212 € de revenu net cotisable sur l’année. En dessous, certains trimestres ne sont pas validés.
Les cotisations minimales permettent de valider jusqu’à 3 trimestres selon le niveau de revenu déclaré (à vérifier sur urssaf.fr au regard de votre situation). Une année à faible revenu réduit la durée d’assurance mais ne prive pas nécessairement de tout droit.
Pour un assimilé salarié, le seuil est identique (150 × SMIC = 1 803 € par trimestre), calculé cette fois sur le salaire brut versé.
Comparaison qualitative des droits à retraite
TNS ou assimilé salarié : à niveau de cotisations comparable, les droits à la retraite de base sont proches. Les deux statuts accèdent aujourd’hui au régime général depuis l’intégration de la SSI, et le calcul de la pension de base suit des règles similaires — notamment pour la validation des trimestres et le calcul du salaire annuel moyen de référence.
La principale différence tient à la retraite complémentaire :
- Les TNS cotisent à la RCI : les taux sont spécifiques aux indépendants, et la caisse a son propre historique de valeur de point.
- Les assimilés salariés cotisent à l’Agirc-Arrco, régime commun à tous les salariés du secteur privé, avec ses propres règles d’acquisition et de liquidation des points.
Le second facteur de différenciation est le coût global des cotisations sociales : à rémunération nette équivalente, le coût total — charges patronales incluses pour l’assimilé salarié — n’est pas le même selon le statut. Le choix entre statut TNS et assimilé salarié est donc un arbitrage global — protection sociale, fiscalité, retraite — qui mérite une analyse personnalisée.
Important : aucune comparaison générale ne permet d’affirmer qu’un statut est systématiquement plus avantageux pour la retraite. Les droits réels dépendent du niveau de revenu, de la durée de cotisation et des décisions prises tout au long de la carrière.
Compléter sa retraite : PER et Madelin pour les dirigeants
Qu’on soit TNS ou assimilé salarié, les droits retraite obligatoires restent souvent inférieurs à ceux d’un cadre salarié de grande entreprise. Deux dispositifs permettent de compléter sa future pension tout en réduisant l’impôt sur le revenu dès aujourd’hui.
Le PER individuel
Le Plan d’Épargne Retraite individuel (PERIN) est accessible à tous les dirigeants (impots.gouv.fr). Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite de :
- 10 % du bénéfice imposable de l’année précédente ;
- Plancher : 4 806 € (10 % du PASS 2026) ;
- Plafond : 38 448 € (80 % du PASS).
Les TNS bénéficient d’une majoration spécifique : ils peuvent déduire jusqu’à 15 % supplémentaires sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, ce qui peut porter le plafond effectif nettement au-dessus du plafond salarié. Cette majoration ne s’applique pas aux assimilés salariés.
En savoir plus : PER du dirigeant : plafonds 2026 et déduction fiscale.
Les contrats Madelin retraite
Réservés aux TNS, les contrats Madelin retraite permettent de constituer une rente viagère avec déduction des cotisations du bénéfice imposable. Depuis la loi PACTE (2019), leur plafond de déduction est aligné sur celui du PERIN et les encours peuvent être transférés vers un PER. Ils restent en vigueur pour les contrats ouverts avant la réforme.
Pour le détail du régime Madelin : Loi Madelin dirigeant 2026.
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FAQ — Retraite du dirigeant en 2026
Un TNS valide-t-il autant de trimestres qu’un salarié ?
Oui, à condition d’atteindre le seuil. En 2026, il faut 1 803 € de revenu cotisable par trimestre (soit 7 212 € sur l’année pour valider les 4 trimestres). Le mécanisme de calcul diffère de celui d’un salarié — le TNS est apprécié sur son bénéfice net annuel, pas sur un salaire mensuel —, mais le résultat en nombre de trimestres peut être identique si le seuil est atteint.
Quelle est la différence entre la RCI et l’Agirc-Arrco ?
Les TNS cotisent à la Retraite Complémentaire des Indépendants (RCI) ; les assimilés salariés relèvent de l’Agirc-Arrco. Les deux fonctionnent en points, mais les taux de cotisation, les règles d’acquisition de points et les valeurs de service du point sont distincts. L’impact réel sur la pension dépend du revenu et de la durée de cotisation — une projection personnalisée est indispensable avant toute décision de statut.
Un président de SASU peut-il déduire des versements sur un PER ?
Oui. Le président de SASU peut ouvrir un PER individuel et déduire ses versements dans la limite de 10 % de ses revenus professionnels (plafond 2026 : 38 448 €). Il ne bénéficie pas de la majoration spécifique aux TNS (applicable sur la fraction entre 1 et 8 PASS), mais le PER reste un levier pertinent pour réduire son impôt et se constituer une épargne retraite complémentaire.
La réforme de l’assiette TNS (LFSS 2024) a-t-elle modifié les droits retraite ?
Oui. Depuis la LFSS 2024, l’assiette de cotisations des TNS est calculée sur une base nette (revenu brut diminué d’environ 26 %). Cette réforme harmonise le calcul des droits retraite — notamment pour la RCI — avec le revenu réellement perçu, et améliore la cohérence entre l’assiette déclarée et les droits acquis. L’impact est globalement positif sur la lisibilité des droits, même si le montant net cotisé est inférieur à l’ancienne base brute.


