Une mise en demeure de payer est le courrier formel qui précède toute procédure judiciaire. Bien rédigée, elle déclenche le paiement dans une part significative des cas ; mal rédigée, elle affaiblit votre dossier devant un juge. Ce guide détaille les mentions indispensables et les erreurs à éviter.
Pourquoi la mise en demeure est un élément clé
La mise en demeure n’est pas seulement un courrier de relance : elle produit des effets juridiques spécifiques. Elle fixe formellement la situation du débiteur, marque le point de départ de certains délais légaux (notamment dans l’action directe du sous-traitant : art. 12 de la loi n° 75-1334 du 31/12/1975), et constitue une pièce centrale du dossier si l’affaire arrive devant un juge.
Les pénalités de retard, elles, n’ont pas besoin de la mise en demeure pour courir : elles sont dues de plein droit dès le lendemain de la date d’échéance figurant sur la facture (art. L. 441-10, II C. com.). Mais les mentionner dans la mise en demeure renforce votre position et informe le débiteur qu’elles s’accumulent.
Les mentions indispensables
| Mention | Pourquoi elle compte |
|---|---|
| Identification complète des deux parties | Détermine qui est créancier et qui est débiteur — sans ambigüité |
| Référence et date de la ou des facture(s) | Fixe la base de la créance ; sans référence, le débiteur peut contester savoir de quoi il s’agit |
| Montant principal exact (HT + TVA) | La créance doit être liquide (chiffrée) pour être poursuivie en justice |
| Montant des pénalités de retard et de l’indemnité forfaitaire (40 €) | Informe le débiteur du total exigible et renforce la pression à payer |
| Délai accordé pour régulariser | Donne au débiteur une fenêtre pour payer avant procédure ; 8 à 15 jours sont courants |
| Annonce de la suite en l’absence de réponse | Signale clairement qu’une procédure judiciaire suivra : injonction de payer ou assignation |
| Date et signature | Authentifie le document et fixe le point de départ des délais |
Par quel moyen l’envoyer ?
La lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) reste le mode d’envoi de référence. Elle coûte 7,56 € pour un envoi de 20 g (tarif La Poste 2026) et produit une preuve irréfutable de réception. Une remise en main propre contre signature est équivalente si vous obtenez un reçu daté et signé.
Un email seul est insuffisant si le contrat ne prévoit pas explicitement ce mode de notification : la preuve de réception reste fragile. Commencez par l’email pour garder une trace, puis envoyez le LRAR.
Exemple complet chiffré
Voici la structure type pour une mise en demeure entre professionnels.
[En-tête expéditeur] À [Raison sociale débiteur] [Adresse] Objet : Mise en demeure de payer — Facture n° [XXXX] du [date] Madame, Monsieur, Malgré nos relances des [dates], votre facture n° [XXXX] du [date d’émission], d’un montant de [X XXX,XX € TTC], demeure impayée à ce jour. Nous vous mettons formellement en demeure de régulariser cette situation dans un délai de 8 jours à compter de la réception du présent courrier. Le total exigible à ce jour s’établit comme suit : - Principal : [X XXX,XX €] - Pénalités de retard ([N] jours à 12,65 % — taux BCE au [date]) : [XX,XX €] - Indemnité forfaitaire de recouvrement : 40,00 € - Total : [X XXX,XX €] À défaut de règlement dans ce délai, nous nous verrons dans l’obligation de saisir le tribunal compétent (injonction de payer ou assignation), sans autre préavis. Veuillez agréer... [Signature + date + cachet]
Ce que la mise en demeure ne remplace pas
La mise en demeure met en jeu la pression psychologique et juridique. Elle ne crée pas la créance : si la facture est contestée sur le fond (travaux non réalisés, vice caractérisé, accord de réduction), la mise en demeure ne résoudra pas le fond du litige. Dans ce cas, la voie est l’assignation contradictoire.
Elle ne se substitue pas non plus aux CGV : si les conditions de vente ne prévoient pas de clause de pénalités, le créancier peut toujours les réclamer (les pénalités sont d’ordre public entre professionnels), mais la position est plus confortable quand la clause figure en bonne place dans les documents contractuels (art. L. 441-1 C. com.).
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FAQ
Une mise en demeure par email a-t-elle la même valeur juridique qu’un LRAR ?
Non, sauf si le contrat prévoit explicitement que les notifications par email sont valables. En cas de contestation, il sera difficile de prouver la réception effective. Le LRAR reste la référence pour les actes importants.
Faut-il mentionner les pénalités de retard dans la mise en demeure pour pouvoir les réclamer ?
Non. Les pénalités de retard sont exigibles de plein droit (art. L. 441-10, II C. com.), sans rappel préalable. Les mentionner dans la mise en demeure renforce néanmoins la pression et informe le débiteur du coût de son retard.
Combien de temps doit-on attendre après l’envoi d’une mise en demeure ?
Il n’existe pas de délai légal imposé. La pratique courante est d’accorder 8 à 15 jours. Un délai trop court peut être perçu comme de mauvaise foi par un juge ; un délai trop long laisse le débiteur sans pression. Passez à la procédure judiciaire dès que le délai est écoulé sans réponse.
La mise en demeure suspend-elle la prescription ?
Non, elle l’interrompt si elle émane d’un commissaire de justice (art. 2244 C. civ.). Un courrier simple ou un LRAR envoyé par le créancier lui-même n’interrompt pas le délai de prescription : seule une action en justice ou un acte d’exécution forcier le fait. Veillez à agir avant l’échéance de prescription (5 ans entre professionnels, art. L. 110-4 C. com.).
À retenir
- La mise en demeure doit identifier les parties, citer les factures, chiffrer le total dû (principal + pénalités + 40 €), fixer un délai et annoncer la suite.
- L’envoi par LRAR (7,56 €) est la référence : il prouve la réception.
- Les pénalités courent dès le lendemain de l’échéance, qu’elles soient mentionnées ou non dans la mise en demeure.
- Un LRAR n’interrompt pas la prescription : si le délai approche, passez directement à la procédure judiciaire.
Pour aller plus loin : notre guide sur les 5 recours face à une facture impayée et les détails sur le calcul des pénalités de retard. Et pour une vision d’ensemble : tout sur le recouvrement d’une facture impayée.



