Vous avez découvert après coup que vous aviez collecté de la TVA à tort pendant plusieurs mois, alternant des périodes créditrices et débitrices. Vous formez une réclamation pour récupérer le trop-versé. Mais l’administration refuse de reporter vos excédents de crédit d’un mois sur l’autre, limitant artificiellement le montant restituable. Le Conseil d’État vient de trancher : cette pratique est illégale.

Les faits

La Caisse d’Epargne Normandie a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, à l’issue de laquelle des rappels de TVA lui ont été notifiés. La société a alors formé une réclamation pour obtenir la restitution de 1 123 570 euros de TVA qu’elle estimait avoir acquittée à tort sur des frais de gestion prélevés lors de la clôture de dossiers de succession de clients décédés. L’administration a accepté de restituer 615 652 euros, mais a rejeté le surplus de 507 918 euros. Le tribunal administratif de Montreuil puis la cour administrative d’appel de Paris ont confirmé ce rejet partiel.

La décision

Par sa décision n° 504330 du 22 juillet 2026, le Conseil d’État censure la cour administrative d’appel de Paris pour erreur de droit. Il juge que pour le calcul des sommes restituables par voie de réclamation au titre de l’article L. 190 du livre des procédures fiscales, les excédents de crédit de TVA auxquels le contribuable prétend peuvent être reportés sur l’ensemble des mois ultérieurs de la période d’imposition sur laquelle porte la réclamation, au cours desquels le contribuable était en situation débitrice. L’administration ne pouvait donc pas scinder artificiellement la période en sous-périodes et limiter l’imputation au seul mois clôturant chaque sous-période sans reporter les reliquats sur les mois débiteurs suivants. L’arrêt est annulé et l’affaire renvoyée devant la cour administrative d’appel.

Ce que ça change en pratique

Cette décision a un impact direct sur le montant que vous pouvez récupérer lorsque vous contestez une TVA collectée à tort sur plusieurs mois. Concrètement, si vous avez alternativement des mois créditeurs et débiteurs sur la période concernée par votre réclamation, l’administration doit désormais :

  • Calculer vos excédents de crédit mois par mois
  • Reporter ces excédents sur tous les mois ultérieurs où vous étiez débiteur, jusqu’à épuisement
  • Ne pas vous bloquer en cantonnant artificiellement chaque excédent à une sous-période isolée

Cette méthode maximise le montant restituable. Prenons un exemple simplifié : vous avez collecté 10 000 euros de TVA à tort en janvier (mois créditeur), puis vous étiez débiteur de 3 000 euros en février, 2 000 euros en mars et 4 000 euros en avril. Avant cette décision, l’administration pouvait limiter l’imputation à février seulement. Désormais, elle doit imputer 3 000 euros en février, puis reporter le reliquat de 7 000 euros sur mars (2 000 euros) et avril (4 000 euros), vous restituant ainsi 9 000 euros au lieu de 3 000 euros.

Cette clarification est particulièrement utile pour les entreprises ayant découvert des erreurs de collecte de TVA après un contrôle fiscal ou un audit interne, et dont l’activité génère naturellement des situations de crédit et de débit alternés.

Points de vigilance

Attention à ne pas confondre deux mécanismes distincts. D’une part, la demande de remboursement de crédit de TVA (articles 242-0 A et suivants de l’annexe II au code général des impôts), qui est la voie normale pour récupérer un crédit structurel. D’autre part, la réclamation contentieuse (article L. 190 du livre des procédures fiscales), qui ne peut être utilisée qu’au titre des mois où vous étiez débiteur et dans la limite des sommes effectivement reversées au Trésor.

La décision du Conseil d’État ne remet pas en cause cette distinction fondamentale. Elle précise simplement que, dans le cadre de la réclamation contentieuse, le report des excédents doit se faire sur l’ensemble de la période visée par la réclamation, et non par sous-périodes cloisonnées.

Autre point crucial : respectez scrupuleusement les délais de réclamation prévus à l’article R. 196-1 du livre des procédures fiscales. Une réclamation tardive vous priverait de toute restitution, quelle que soit la méthode de calcul retenue.

À retenir

  • Les excédents de crédit de TVA obtenus par réclamation peuvent être reportés sur tous les mois débiteurs ultérieurs de la période de réclamation
  • L’administration ne peut plus scinder artificiellement la période en sous-périodes pour limiter les restitutions
  • Cette méthode favorable au contribuable maximise le montant restituable en cas d’alternance de mois créditeurs et débiteurs
  • La réclamation contentieuse reste distincte de la demande de remboursement de crédit de TVA et ne s’applique qu’aux mois débiteurs
  • Respectez impérativement les délais de réclamation pour préserver vos droits

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